Épisode 6, La fée de l’île verte (extrait)

Résumé : L’Espérance aborde un îlot au paysage mouvant. Attiré au centre de celui-ci, Orso fait la connaissance de la propriétaire des lieux, une fée qui, il y a longtemps de cela, a fusionné avec les lieux qui font à présent partie d’elle-même. Elle l’avertit de la présence d’un monstre marin sur lequel la magie n’a aucun effet, le Léviathan. Il est hélas trop tard : le monstre attaque…

***

Accoudé au bastingage, Orso s’efforçait d’ignorer les murmures grincheux dans son dos. L’irritation lui râpait la gorge comme des grains de sable. Où que son regard se porte, il ne distinguait que de l’eau et, çà et là, des îlots rocheux aussi accueillants que les prisons de l’Empire. Dans sa fuite éperdue, l’Espérance avait depuis longtemps dépassé les limites des cartes connues. À présent, ils erraient au milieu d’un océan qui ne semblait pas avoir de fin. L’île tant espérée apparaîtrait-elle un jour ? Certains à bord commençaient à en douter. Il ne pouvait les en blâmer. Mais quel autre choix avaient-ils que de poursuivre leur périple ? Les portes de l’Empire leur étaient à jamais fermées. Quant aux Terres Brûlées, leur brève escale sur leurs côtes ne les avait pas fait apparaître plus sympathiques. Alors oui, il comprenait l’insatisfaction qui, comme un poison, rongeait le cœur de ses compagnons. Mais il avait pour philosophie de ne jamais se lamenter sur ce qu’il n’était pas en pouvoir de changer. D’un coup de rein, il se retourna pour faire face au pont. Allongée à l’avant, Phaam profitait du soleil et de la voix de Veri. Ces deux-là étaient bien les seuls à apprécier l’interminable après-midi. À l’arrière, Hanon et Nayu se disputaient. La tigresse, habituée à vivre seule, supportait de plus en plus mal la promiscuité et son compagnon peinait à la calmer. Un cercle de vide s’était créé autour d’eux, mais les mâchoires crispées, les sourcils froncés, disaient assez que la situation pesait à tous. Lizzi, la télépathe du groupe, s’isolait le plus souvent possible dans la cale en compagnie de Makenos, dissimulés tous deux par une illusion qui leur permettaient d’oublier un instant le décor de l’Espérance. Les veinards, songea Orso. Il n’avait jamais, jusqu’alors, envié les écailleux. Pas plus qu’il ne les avait plaints. Il se contentait d’accepter la situation comme elle était. Sa sœur était une écailleuse, lui pas. Il ne restait qu’à gérer les conséquences… Jusqu’au bout. Il n’avait pas hésité un instant au moment de quitter Surbia. Il ne le regrettait toujours pas. Certes, sa famille, ses frères, lui manquaient, mais il aimait aussi la place qu’il avait prise parmi les Espérantins. Organiser, diriger, planifier, lui plaisait, peut-être davantage encore qu’à Dana. Son regard chercha son amie, qui s’entretenait avec Amele, la navigatrice. Elle portait une tunique large qui dissimulait ses formes et notamment son ventre, sur lequel elle avait croisé les mains. Orso n’était pas doué pour ce genre de détail, mais il aurait juré que son estomac s’était arrondi depuis leur départ. Et cela ne pouvait être dû à l’ordinaire du bord : Pier parvenait tout juste à tirer des plantes qu’il cultivait de quoi nourrir l’équipage. Pour sa part, habitué aux plats copieux cuisinés par sa mère, il avait l’impression d’avoir le ventre creux en permanence. Non, en ce qui concernait Dana, l’explication était plutôt à chercher du côté du géant qui ne la quittait jamais d’un pouce, ses yeux clairs fixés sur elle avec adoration. À quoi pensait donc Dana ? En tant que guérisseuse, elle avait certainement les moyens de s’épargner le genre d’incident qui ne convenait pas à cet interminable périple. Si jamais il arrivait la même chose à Épine… Le visage d’Orso se renversa vers le ciel. Nulle trace de la pégase et de son dragon. Ces deux-là profitaient de leur capacité à voler pour s’isoler plus souvent qu’à leur tour. Il ne se faisait aucune illusion sur la façon dont ils devaient occuper leur temps dans les îlots déserts rencontrés en chemin. Une grimace lui échappa à cette perspective. Il savait qu’Épine n’était plus la petite fille intrépide qu’il protégeait dans les rues de Surbia. Elle avait le droit d’avoir un amoureux… Mais pour lui, elle resterait toujours une gamine et rien ne pouvait lui arracher cela de la tête. Il se contentait d’ignorer Riu, ce qui n’était guère difficile dans la mesure où le dragon ne se mêlait pas à l’équipage. Il suivait une personne, non un groupe, autre détail qui horripilait Orso. Pour lui, quand on se trouvait dans la même galère que les autres, on prenait une rame au lieu d’attendre les bras croisés que le voyage se passe.

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