Épisode 5, La maîtresse des pirates (extrait)

Résumé de l’épisode

L’Espérance est poursuivie par les pirates, menées par une mystérieuse jeune fille au front orné d’une unique corne. Épine utilise un appeau donné par Colian pour attirer des dragons à elle. L’un d’eux accepte de venir en aide aux Espérantins. Avec son aide, Épine, Tharq, Phaam et Veri se lancent à l’attaque du vaisseau amiral de la flotte adverse. Malheureusement, ils échouent à tuer la licorne et Riu, le dragon, est atteint d’une flèche trempée dans son sang, un poison mortel pour les écailleux. Seules les larmes de la licorne pourraient le guérir. Épine décide d’aller en chercher.

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***

« Je refuse que tu repartes sans avoir pris un minimum de repos. »

Bras croisés sur la poitrine, pieds fermement plantés sur le pont, Orso offrait une vivante image de désapprobation fraternelle. Épine retint l’éclat de rire qui gonflait sa poitrine. Elle savait d’expérience que cela n’aurait rien arrangé à la situation. Le pire, c’est qu’elle ne pouvait même pas reprocher à son frère de se montrer trop protecteur, comme elle ne se gênait pas pour le faire à Surbia. Il avait tout abandonné pour elle et ce souvenir suffisait à lui tordre le ventre de culpabilité. Jusqu’alors, être une écailleuse ne lui avait jamais posé de problème. Sa famille le savait et l’acceptait, la répression lui paraissait une lointaine perspective. Jusqu’à ce jour au Récif. Par sa faute, la famille si unie se trouvait à présent coupée en deux, ceux qui étaient restés à Surbia d’un côté, Orso et elle de l’autre. S’ils devaient se revoir un jour, ce ne serait en tout cas pas avant un très, très long temps. Tout ceci l’inclinait plutôt à l’indulgence envers le comportement de son aîné. Ce qui n’empêchait pourtant pas que ses inquiétudes passent au second plan, en l’occurrence.

« Les pirates se rapprochent. Il faut bien que quelqu’un les surveille. »

Orso grommela. Parmi tous les écailleux qu’il avait recensés sur l’Espérance, une seule possédait le pouvoir de voler : Épine, sa propre sœur. Par conséquent, la surveillance aérienne reposait sur ses seules épaules de cheval ailé.

« Makenos, Dana ou Lizzi les sentiront approcher, argumenta-t-il en désespoir de cause.

— Pas avant qu’ils ne se trouvent beaucoup trop près. »

Orso aplatit d’un geste rageur l’épi qui se dressait sur le côté gauche de son crâne, un geste si familier qu’il fit remonter l’envie de rire dans la gorge de sa sœur. Dana s’approcha au même moment.

« Orso a raison. Tu ne nous serviras plus à rien si tu t’épuises. »

Épine secoua sa longue queue-de-cheval juste pour le plaisir de la sentir caresser son dos. Puis elle fixa sa meilleure amie, songeuse. À Surbia, Dana avait été une jeune fille modèle. Son sérieux balançait l’insouciance de sa meilleure amie. Depuis leur départ, cependant, elle semblait avoir gagné plusieurs paumes. Elle n’avait pas grandi au sens propre du terme, mais la jeune fille réservée s’était transformée en chef d’expédition. Aucune décision ne se prenait sans elle. Plus le temps de rire ou de danser : des problèmes plus importants l’attendaient. Épine n’était plus certaine de pouvoir encore la qualifier de meilleure amie. Elle passait davantage de temps avec Hanon et Veri, ainsi que leurs félines compagnes, à trouver des moyens de tromper l’ennui de cette interminable navigation. Rires, chants, danse, jeux de cartes, voilà les domaines dans lesquels Épine excellait. Pour rien au monde elle n’aurait voulu des responsabilités tombées sur les épaules de son amie – et par ricochet, celles de son frère. Elle approuvait le projet de l’Espérance, sans réserve. Mais elle remettait volontiers entre les mains d’autres sa réalisation concrète. Alors, pour une fois qu’elle pouvait se montrer un peu utile, elle n’allait pas redescendre dans la cale pour jouer aux dés. De toute façon, Hanon trichait.

« Je vais bien, affirma-t-elle en croisant les bras, dans une posture qui imitait involontairement celle de son frère. Voler n’est pas si fatigant que vous semblez le croire. Puis je suis une grande fille, je connais mes limites », conclut-elle en regardant Orso.

La moue de celui-ci fut éloquente. À ses yeux, elle aurait toujours six ans et un don naturel pour se fourrer dans les embrouilles.

« Le dernier aller-retour avant le crépuscule », promit-elle en se tournant cette fois vers Dana.

Son amie avait les yeux perdus dans le vague, comme si elle regardait quelque chose qu’elle seule pouvait voir. Cela lui arrivait souvent, une conséquence de son pouvoir de percevoir les auras. Seul Tharq parvenait à la sortir de sa transe, en pareil cas. Tharq… Encore une chose qui séparait les deux amies. Dana était mariée à présent, ou tout comme. Elle ne faisait pas mystère de la relation intime qu’elle entretenait avec son balafré. Quant à Épine, le garçon qui voudrait se glisser dans son lit devrait d’abord passer sur le corps de son frère, un spectacle qu’elle préférait éviter de contempler. Il y avait bien eu quelques caresses osées dans les recoins sombres du Récif, mais rien de très compromettant. Or, elle aurait adoré se compromettre. Sauf que l’Espérance n’était pas le lieu idéal pour cela, il fallait bien le reconnaître. Elle avait hâte d’atteindre leur destination et pour cela, il fallait déjà échapper aux brigands qui leur collaient au train. Épine inspira à fond et se transforma sans même prendre la peine de retirer sa tunique. Un craquement sinistre lui apprit qu’elle en serait quitte pour une séance de couture, le soir même.

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